Le texte que j’ai lu lors de la conférence de presse annonçant mon départ du caucus du Parti Québécois

6 juin 2011 Imprimer

Je suis membre et militante du Parti Québécois depuis 1970. Aujourd’hui, je le quitte. Je ne le quitte pas de gaieté de cœur, mais je le fais sans amertume, sereinement.

La raison immédiate, le déclencheur,  qui motive mon départ du parti québécois tient au fond et à la forme du projet de loi sur l’amphithéâtre à Québec. Sur la forme, Mme Marois a pris seule la décision de présenter mais aussi  d’appuyer du même coup le projet de loi privé sans consultation du caucus au préalable, puis elle a imposé la ligne de parti.

Sur le fond du projet de loi : l’urgence de l’adopter en bousculant les règles n’a pas été démontrée, par ailleurs  ce projet de loi crée un dangereux précédent comme l’a  bien expliqué l’avocate Julie McCann devant la commission parlementaire. Plus fondamentalement, comment pouvons-nous, par exemple, en tant que parlementaires, accepter de protéger contre toute contestation judiciaire les contrats à venir découlant de l’entente de principe, contrats que personne n’a vus puisqu’ils ne sont pas encore rédigés. Ce doit être la fille de juge en moi qui se rebiffe…

La cause plus profonde de ma démission, cependant, concerne une certaine façon de faire de la politique, à laquelle, je le reconnais, j’ai longtemps adhéré. Mais c’est à mon retour en 2008 — peut-être parce qu’une pause de cinq ans  m’a permis de voir les choses autrement — que j’ai commencé à m’interroger : sur la partisanerie qui souvent rend aveugle, qui nous force à toujours être dans la certitude, jamais dans le doute, sur le ton guerrier que l’on se croit obligé d’employer, sur la manière de se comporter avec des adversaires que l’on a tendance à considérer comme des ennemis, sur l’unanimisme imposé et sur la rigidité implacable de la ligne de parti, des maux dont la politique, je crois, est en train de mourir, ici et ailleurs. J’en suis venue à la conclusion que cette façon de faire alimentait le cynisme d’une population de plus en plus critique vis-à-vis de la classe politique. Et que, pour vivre les choses autrement, il valait mieux que je quitte mon parti…

La souveraineté se réalisera grâce à la réappropriation par la population des raisons profondes, identitaires, culturelles, économiques et sociales de la mener à bien. Pour y arriver, c’est ma conviction, il faut changer la politique, la transformer. Je sais que certains de mes collègues vont mener le combat de l’intérieur. Je choisis de le faire de l’extérieur.

C’est pour ces raisons que je tiens à retrouver une liberté de parole totale que j’exercerai en tant que députée souverainiste indépendante de Rosemont. Les citoyens de ma circonscription peuvent compter sur moi pour continuer à les représenter au mieux de mes capacités.

Catégorie : Allocutions